Partir travailler en Inde par IndianSamourai

L’inde occupe aujourd’hui le 8ème rang parmi les grandes puissances économiques mondiales et se positionne comme la troisième économie d’Asie. Le pays possède désormais une industrie de pointe en pleine mutation dans les secteurs de l’informatique, du nucléaire et de l’industrie spatiale. Par ailleurs, son marché du travail est ouvert aux expatriés. De nombreuses entreprises étrangères s’installent en Inde, attirées par la taille de son marché et son dynamisme économique.

IndianSamourai s’y est installée il y a 12 ans maintenant. Arrivée un peu par hasard, elle avait mis le cap sur les Amériques pour atterrir dans les Indes. Une … Christophe Colomb des temps modernes en somme ! Et son journal de bord se trouve ici : www.indiansamourai.com

Partir en Inde après une école de commerce ?

Étudiante en école de commerce à Reims, mes notes ne me permirent pas de choisir ma destination pour mon semestre Erasmus. Je dus tirer un trait sur l’Amérique du Sud, tout en restant dans la zone linguistique, en partant pour San Sebastian en Espagne. Tenace, j’en profitais pour apprendre la langue, me créer un réseau d’amis et lancer un projet de voyage outre-Atlantique. Il se concrétisa viteet finit en une belle aventure de quatre mois à la rencontre de femmes impliquées dans l’économie solidaire.

Joconde indienne

Une Joconde indienne ? (Crédits : IndianSamourai)

A peine revenue, un livre écrit et publié, j’étais décidée à repartir ! Mais trouver un job s’avéra plus compliqué que prévu. Les offres V.I.E. (volontariat en entreprise) étaient rares. Il aurait fallu partir et chercher sur place, mais c’était trop intimidant pour moi, alors jeune diplômée sans véritable expérience professionnelle. Galère…

Malgré tout, quand ma mère me proposa d’aider un de ses amis qui établissait une filiale en Inde dans les polymères, je ne sautais pas sur l’occasion, loin de là. La promesse d’une expérience en pays anglophone et prometteur en termes de développement ne me tentait pas. Un voyage en Inde quelques années auparavant m’avait dégoûtée de ce pays. Et ce n’est que l’absence d’opportunités au Chili ou en Argentine qui me fit céder.

J’intégrais ainsi une petite entreprise de trois personnes, à Pune. Le travail n’était pas intense, notamment la première année, car mes collègues ne résidaient pas à Pune. Livrée à moi-même, sans connaissance particulière des produits ni du marché indien, je profitais néanmoins de ce tremplin pour me mettre dans le bain local. J’eus ainsi deux ans pour me plonger dans la culture indienne, en passant par un petit épisode de harcèlement sexuel par mon chef indien, qu’heureusement je n’eus pas trop de peine à gérer.

 

Vers quels réseaux se tourner pour travailler en Inde ?

Mon V.I.E. se termina, et j’avais développé certaines attaches en Inde où je voulus rester encore un peu. Je pensais que mon profil n’intéresserait que des boîtes francophones, certainement pas indiennes, vu que pour avoir le visa de travail (employment), il faut gagner un minimum de vingt-cinq mille dollars annuellement, et que beaucoup d’entreprises indiennes n’ont pas ce genre de budget. Même si ça change un peu aujourd’hui.

J’achetai donc à Ubifrance la liste des quelques 250 entreprises françaises alors établies en Inde. Je les contactai toutes ou presque sans exception. Chou blanc. Je me lançai alors sur Viadeo, le Linkedin des Français en ce temps-là. J’espérais ainsi trouver un expatrié français en Inde qui aurait besoin d’un peu de soutien. J’eus plus de chance de ce côté. Je décrochai enfin deux entretiens…

Un premier chez un champion du luxe à Pondichéry, dans leur usine de fabrication de pièces de chaussures et de sacs. Un second dans une entreprise de nourriture pour animaux de compagnie, à Mumbai. Ce qui importait à ces deux recruteurs c’était : une tête bien faite, une expérience solide en Inde, et l’envie d’y rester. Ils étaient tous deux français et installés en Inde de longue date (plus de dix ans). Ils avaient essuyé les pots cassés avec des stagiaires étrangers fraîchement débarqués et vite dégoûtés.

C’est que l’Inde, c’est pas facile. Au niveau du business aussi c’est compliqué. En 2017, l’Inde tient la 100ème place mondiale (sur 190 pays) en termes de « Ease of doing business ». Les challenges ? Les infrastructures et ressources insuffisantes (routes, eau, électricité etc.), la bureaucratie, la corruption, l’économie parallèle etc. Et puis il y a a la chaleur, la pollution, le chaos, les sollicitations constantes avec un niveau de bruit incroyable, la culture à laquelle on ne comprend rien etc.

La persévérance reste la qualité première pour réussir en Inde

Pour donner un exemple, deux autres Français furent recrutés avec moi. C’était un peu la course à qui remplacera le patron ! Le premier a tenu un an, le deuxième deux. Ils avaient pourtant tous les deux étudié et fait des stages en Inde – et s’en fût fini des expatriés français.

Bus en Inde

La persévérance en Inde (Crédits : IndianSamourai)

Moi je m’incrustais, parce que j’adorais mon job auquel je consacrais beaucoup de temps et d’énergie, ne connaissant personne à Mumbai. Je montais d’abord le département marketing. Puis je partis monter un centre de distribution, un genre de mini-filiale à Delhi pendant un an. Avant de revenir gérer les ventes pour le sud de l’Inde, basée à Mumbai. Je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer. Et puis mon employeur appartenait à un géant de l’alimentaire américain, une entreprise solide. Elle participait au développement de ses cadres, surtout en termes de management des hommes. Je râlais souvent lorsqu’il s’agissait d’aller aux séminaires de formation. Mais finalement, toutes ces techniques et connaissances se sont avérées précieuses.

Au bout de sept ans je m’essoufflais un peu. Mais ma petite entreprise avait pris de la gueule et ne ressemblait plus à la start-up des premiers jours. Mon boss, un vrai mentor pour moi, et avec lequel je m’entendais super bien – mon petit souffle de douce France quasi quotidien – était sur le départ et je revenais de congé maternité. Une période un peu difficile. J’essayais tant bien que mal de me remettre en selle, quand un recruteur me contacta pour un poste en Inde.

 

Les expatriés peuvent-ils accéder à des postes de management ?

L’opportunité était intéressante de par la qualité du poste – Managing Director – et donc de par les responsabilités qui incombent. Et puis la mission de l’entreprise, à taille plus humaine, m’interpellait désormais. Il s’agissait de promouvoir l’allaitement en Inde, et de vendre des produits pour continuer à allaiter en cas de problème.

Dans l’équipe de management, je suis l’une des seules femmes et parmi les plus jeunes. Je suis également la seule expatriée (avec l’Allemand qui gère la Chine) à la tête d’une filiale. Enfin, il n’y a que moi qui ait eu l’occasion d’utiliser nos produits. Je n’en menais pas large lors des premières réunions, mais je suis convaincue que c’est ce dont le pays a besoin. Il est tellement dynamique, il faut suivre ! Et ma condition de femme ne m’a jamais freinée en Inde. Étant une femme et relativement jeune, travaillant en Inde depuis douze ans, je passe un peu pour une extraterrestre aux yeux des Indiens.

Quel avenir pour les français expatriés en Inde

Depuis plus d’une décennie en Inde, j’hallucine encore tous les jours, et je me marre plus que je ne m’énerve désormais. Je suis un peu accro à l’énergie de ce pays incroyable, même si elle m’épuise aussi. Quand j’envisage de partir, je ressens l’angoisse de quitter son pays et de l’inconnu, je trouve ça assez fort de chai.

Les expatriés, et notamment les Français, sont peu nombreux en Inde. Un employé du consulat m’a donné les chiffres récemment. Ce sont dix mille Français qui sont enregistrés au consulat en Inde, la plupart étant des Français d’origine indienne localisés à Pondichéry, ancienne colonie française. Les expatriés prolongent rarement leur mission plus de deux ans ; alors que c’est à ce moment-là que ça commence à devenir vivable ! Je ne les fréquente pas beaucoup, surtout par manque de temps. J’ai davantage de contacts avec des étrangères qui, comme moi, ont épousé un Indien.

Un Festival en Inde

Un Festival en Inde (Crédits : IndianSamourai)

Via mon blog que j’ai commencé à écrire le jour de mon arrivée, au départ à l’adresse de mes parents et amis, on me demande souvent comment trouver un emploi en Inde. Je pense qu’il faut un peu de chance et beaucoup de persistance. C’est plus facile si on a une spécialisation. Comme ingénieur du métro, ou tout autre job ayant trait aux infrastructures –, ou prof, notamment dans les écoles internationales. Je crois aussi que la plupart des gens qui viennent bosser en Inde sont envoyés par leur entreprise. Approcher les boîtes françaises qui cherchent à se développer en Inde peut aider. Il y a aussi quelques entrepreneurs qui viennent tenter l’expérience en Inde. Un pays où il y a tant à faire ! Il faut juste beaucoup de passion et les reins solides ?

Partir travailler en Inde par IndianSamourai
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Commentaires
  1. Leo

    Comme toujours, article très bien écrit et passionnant.
    Merci Indiansamourai, j’adore vous suivre. J’espère que vous trouverez à nouveau le temps d’écrire sur votre blog plus souvent

  2. Fred

    C’est net clair et précis! L’essentiel est dit, sans fioritures et sans concession. Témoignage percutant, réaliste.

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