Partir travailler au Japon par Rill

Avec un taux de chômage aux alentours de 2,4% et un ratio de 159 offres pour 100 demandes en janvier 2018,au Japon, le marché du travail ne s’est jamais aussi bien porté depuis l’éclatement de la bulle économique dans les années 90.

Afin de faire face à la pénurie de main-d’œuvre, engendrée notamment par le vieillissement rapide de la population, le Japon a du alléger son système de délivrance des visas dans le but d’accueillir davantage de travailleurs étrangers qualifiés. Rill, Française expatriée depuis 8 ans et auteure du blog Rill in Japan nous livre quelques clés pour travailler au Japon.

Le Japon : de l’art de rêver, de persévérer et de …romancer

Si vous cherchez un poste au pays du soleil levant, alors vous avez probablement déjà tout lu à ce sujet, révisé vos inclinaisons de buste, préparé votre CV en japonais, repassé votre chemisier ou votre costume et accroché un porte-carte de visites à votre ceinture tel un revolver dans son holster, prêt à dégainer (des deux mains !) le premier. Bang ! Vous êtes embauché.

Sérieusement, vous y avez cru ?

Ce que les chiffres prometteurs cités plus haut ne disent pas, c’est que la plupart des emplois créés le sont pour des statuts précaires. Ils reposent sur des contrats à durée déterminée, à temps partiel ou encore sur des contrats d’intérim. Le chômage recule, certes, mais trouver un travail dans l’archipel relève toujours du parcours du samouraï.

Rill en route pour le Mont Fuji

Rill en route pour le Mont Fuji (Crédits : Rill in japan)

Cela tombe bien, parce que je compte vous parler de comment je n’ai PAS trouvé de job au Japon. Ou plutôt de la façon dont je m’attendais à trouver un job au Japon, de la manière dont j’ai fini par trouver un job au Japon, et de l’art qui me permet toujours de trouver un job au Japon.

En effet, même si je l’ai rêvé et choisi, le Japon est un pays comme un autre, avec ses avantages et ses défauts, qu’il convient d’appréhender pour relativiser la différence déconcertante de traitement réservé au voyageur et à celui qui tente de s’installer.

Je m’appelle Rill, j’habite à Nagoya depuis 3 ans, avant cela j’avais fait plusieurs aller-retour au Japon dès 2010. Je suis chargée de communication/chef-cuisinière dans une Auberge de Jeunesse du centre ville. Admirez le double kimono dépareillé. Mais je suis aussi l’auteure du blog « Rill in Japan » depuis 8 ans, construit au fil de mes aventures dans l’archipel. J’y romance sous forme de nouvelles cocasses, la vie quotidienne dans l’archipel nippon, en essayant d’offrir à mes lecteurs une vision didactique et décalée de la société japonaise qui me fascine.

 

 

Ce à quoi je me suis heurtée en cherchant du travail au Japon

Google est votre meilleur ami. Il regorge de sites internet promettant le job de vos rêves au Japon. J’ai créé mon profil sur toutes les pages que j’ai pu trouver sur le sujet, quelle que soit la qualité du design ou la fraîcheur des offres, peaufiné mon introduction et ma photo de profil dans les moindres détails. Je me sentais blindée.

Et puis j’ai parcouru les offres d’emploi : professeur d’anglais natif ou ingénieur en automobile. Niet, Nein, no, いいえ, nada.

Mais que vais-je faire de ma vie ?!

Moi dans l’ordre, j’avais le Bac, un CAP, un Brevet des Métiers d’Art. Pas de Bac+2, mais plutôt deux fois le BAC. Qui a dit que c’était louche ? Je préfère original.

Problème #1

Niveau d’études trop bas. Les offres internationales sont en général tournées vers ce que le pays ne peut trouver dans ses propres effectifs. Le visa exige (implicitement) au minimum un Bac+3, les profils les plus demandés étant les ingénieurs. Suivant.

Problème #2

Je suis adaptable mais pas spécialisée. Je me sens correspondre à plein de critères, mais à aucune offre en particulier. J’ai des bases partout, mais je ne peux pas me proclamer Designer, chef de projet ou Responsable marketing. Dans ma branche d’artisanat, seuls 10 ans d’expérience auraient pu me crédibiliser. Alors au début de ma vingtaine, inutile de vous dire que c’est pas gagné-gagné. Rien ne sert de mentir à l’embauche, la chute sera d’autant plus douloureuse, et la crédibilité bien entamée. Je vous assure que le milieu professionnel au Japon est réellement un petit monde bien connecté, surtout avec un très faible taux d’étrangers.

Problème #3

Le visa. Il faut un travail pour avoir un visa. Sachant qu’il faut un visa pour avoir un travail. Mais il faut être au Japon pour chercher du travail. Sachant qu’il faut avoir du travail pour chercher le Japon… euh, être au Japon. Diantre.

Problème #4

Vous ne parlez pas japonais ? Il faudrait peut-être commencer.

Qu’on se le dise, votre compétence en Japonais est un atout certain. Surtout si vous possédez les deux plus hauts niveaux du test international de Japonais, le JLPT, sinon ce n’est qu’une carte bonus. Néanmoins, ce n’est pas ce qui vous permettra de trouver du travail. A moins d’être bilingue et de chercher un poste de traducteur/interprète, . Des gens qui parlent japonais, il y en a partout au Japon : les japonais.

Au mieux cela rassurera votre potentiel employeur sur la profondeur de votre motivation. Mais s’il cherche un étranger, c’est surtout pour des compétences qu’il ne trouve pas dans les travailleurs de son pays.

Il faut donc que vous puissiez apporter quelque chose en plus. Pensez bien que l’entreprise va devoir s’investir pour vous obtenir un visa. Dans ce cas, pourquoi vous plutôt qu’un japonais déjà usé aux codes sociaux, malléable à merci et peu regardant sur les horaires de travail ? Pensez-y, cela vous donnera soit un peu d’humilité, soit un argument de poids lors de votre entretien.

Par contre, l’anglais sera obligatoire. A défaut de japonais, tout se fera dans la langue de Shakespeare. Damned !

Résultat de l’équation

Personne d’honnête ne m’a proposé d’offres, et je n’ai pas voulu des offres malhonnêtes que l’on m’a proposées. Travailler au Japon, oui, accepter n’importe quelles conditions, non. J’ai vu trop de professeurs de langues improvisés, bloqués sans qualifications et sans avenir dans des jobs où qui n’est pas satisfait est vite remplacé. Un peu de respect de soi, sacré nom !

L'équation du Japon

Le Japon, une équation parfois délicate (Crédits : Rill in japan)

Comment j’ai cherché un job au Japon

Hors de question d’abandonner, vous m’entendez ? J’ai dit que j’irais vivre au Japon, je le ferai. Vous pouvez bien me traiter de monomaniaque, vous aurez certainement raison. Je veux un job où l’on veuille de moi pour qui je suis. Pas un truc où n’importe quel étranger non qualifié fasse l’affaire. Crise d’existentialisme.

Puisque cela me semble la meilleure option pour l’avenir de ma carrière non entamée et à demi brisée, je termine mon année de visa vacances travail bredouille et prend le problème dans l’autre sens.

« Quelles seraient les qualifications qui feraient de moi un élément de choix pour le bureau de l’immigration japonaise. Quelles compétences pourrais-je développer pour me rendre indispensable au pays du sushi ? »

Que je le veuille ou non, si l’on m’embauche, ce sera avant tout parce que je suis une étrangère. Alors autant avoir sur le papier des qualifications relatives aux métiers de l’international. J’échafaude donc mon plan sur trois ans, me prépare à tout ravager sur mon passage. Ma motivation est sans faille, vous allez voir ce que vous allez voir.

Je termine à 25 ans un BTS Tourisme major de promo Aquitaine, suivi de près par une Licence Professionnelle de Management de Projets Internationaux. Avec ça, non seulement j’aurai le niveau BAC+3 requis pour obtenir un visa de travail japonais (non explicite mais fâcheusement sine qua none), mais en plus je pourrai postuler à n’importe quel job confié de préférence à un étranger. Doublé d’un semestre d’échange à la renommée Université de Kyoto grâce au programme Kuinep et une belle bourse au mérite, personne ne me résistera. Mouahaha.

Comment j’ai trouvé un job au Japon

Mont Fuji

Choisir le bon chemin (Crédits : Rill in japan)

Tout au long de ce parcours de ninja-de-l’extrême, je fais des allers-retours au Japon. Je fréquente toutes les conventions culturelles à ma disposition en France. Mais je travaille aussi comme bénévole déterminée pour la Japan Expo. Dès que je le peux, je distribue ma carte de visite façon shuriken à tous les touristes japonais perdus du métro parisien ou des quais de Bordeaux.

Enfin, je rencontre du monde, je parle de mes rêves, je tisse des liens. J’aide, je donne, parce que l’humain prévaut sur tout. Sans m’en rendre compte, je crée à force de sourires et d’énergie un réseau formidable qui à fini par m’aider à mon tour.

Finalement, c’est de là que me sont venues toutes les offres d’emploi que j’ai acceptées jusqu’à ce jour. De mon réseau. Par-là, pas besoin de montrer patte blanche, de prouver mon niveau de langue, mes qualités sociales. C’est donc une passoire à racisme plutôt efficace. Les amis savent. À quel point vous êtes motivée, ce que vous valez, à quel point vous faîtes tout ce que vous pouvez.

Cela touche, cela donne envie d’aider.

 

Ce qu’il faut retenir de la recherche d’emploi au Japon

Tout d’abord quelques conseils

Je m’adresse davantage aux non-ingénieurs et autres licenciés généraux dont l’ambition n’est pas de devenir professeur d’anglais ou de français. Le visa vacances-travail d’un an ou le visa touristique de 90 jours seront vos meilleurs alliés. Rendez-vous sur place.

Ne cherchez pas de travail depuis l’extérieur du Japon. Vous n’aurez presque aucune chance. Puisqu’on va vous embaucher davantage pour votre personnalité que sur vos capacités génériques, il faut vraiment que l’on puisse vous rencontrer. Mettez-vous un peu à la place de l’employeur. Il cherche quelqu’un de fiable pour faire progresser l’entreprise dans laquelle il a investi tout son temps souvent au détriment de sa famille. Vous aurez un aperçu de la difficulté d’embaucher quelqu’un qu’on n’a rencontré que sur Skype via un entretien en anglais bancal. Vous le feriez, vous ?

D’autre part, s’il semble bien plus facile de trouver du travail dans les grandes villes comme Tokyo ou Osaka par exemple, gardez à l’esprit que la quantité de travailleurs étrangers que l’on y trouve fait de vous un personnel facilement remplaçable. En sortant de la zone de confort d’expat, vous trouverez dans des villes plus petites, un accueil bien plus chaleureux et gratifiant, assorti d’une qualité de vie incomparable.

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Suivre quelques conseils éclairés peut faciliter les choses
(Crédits : Rill in japan)

Et puis quelques pistes

Maintenant, parce qu’il faut bien commencer quelque part, voici une liste non exhaustive des sites et des lieux que j’ai utilisés dans ma recherche et dont personne ne parle. J’y ai trouvé des conseils sur ce qu’il ne fallait pas faire afin de sortir du lot. J’ai gagné de l’expérience en remise en question et affiné mes exigences en matière de refus. Et parfois j’ai même trouvé du travail.

International Center(国際センター) : Chaque grande ville en possède un. Il y a généralement une section réservée à l’emploi. J’ai fréquenté celui de Kyoto et de Nagoya qui m’ont été très utiles. Notamment pour trouver un job étudiant intéressant qui ne consistait pas à laver des assiettes, et qui a considérablement contribué à élargir mon réseau.

Gaikokujin no HelloWork (外国人のハローワーク) : Hellowork correspond au Pôle Emploi français. Et figurez-vous qu’il existe une annexe spécialisée pour les étrangers. Préparez-vous à être plutôt déçu, mais on ne sait jamais. Celui de Nagoya est ici.

Forum d’emploi pour étrangers : Allez traîner dans les bibliothèques et les centres culturels universitaires. Ils possèdent parfois des publicités destinées aux étrangers. Faciles à repérer, ce sont les seules en anglais.

Et parce qu’il faut bien subvenir à ses besoins le temps de trouver l’offre parfaite, n’oubliez pas de démarcher les restaurants français et autres commerces ayant besoin de marionnettes de façades européennes. Embauche temporaire assurée. Moi aussi, je les ai nié en bloc à une époque, refusant d’avoir traversé le globe pour finir plongeuse ou coupeuse de pain. Mais devant le budget engagé dans la recherche infructueuse d’emploi, j’ai vite révisé mes calculs et fichu mon honneur au placard, quitte à le ressortir plus tard.

良い転職を!*

*Bonne recherche !

Partir travailler au Japon par Rill
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Commentaires
  1. SIZEL

    Très intéressant et instructif !
    Je te souhaite de trouver le job et l’entreprise de tes rêves, Rill !

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