Partir travailler au Canada par Marine

Au Canada, l’embellie généralisée de l’économie semble ne jamais devoir s’arrêter. En effet, le pays bénéficie d’un heureux mélange de conditions favorables : une demande intérieure robuste, un marché de l’immobilier performant et des exportations relativement fortes.

Avec un taux de chômage à 5,8 % et du fait du vieillissement de la population, le Canada reste ainsi une destination à privilégier pour les candidats à l’expatriation. Néanmoins, certaines questions demeurent :

  • Dans quelle région s’installer ?
  • L’anglais est-il indispensable au Québec ?
  • Comment se faire une première expérience ?
  • Est-il possible d’obtenir un statut de résident permanent ?

Marine, du blog offtomontreal, est expatriée en Amérique du nord depuis 2013. Dans cet article, elle va nous livrer son expérience et son ressenti sur le pays des Caribous.

Le Canada : un El Dorado d’Amérique du Nord ?

Ah ! Le Canada, les grands espaces, la sympathie des locaux, la neige, la Poutine… ça fait rêver ! Nombreux sont les français qui hésitent à tout quitter pour démarrer une nouvelle vie de l’autre coté de l’Atlantique. Tour d’horizon d’un El Dorado pas si facile à conquérir !

Je m’appelle Marine, j’ai 28 ans et j’ai tout quitté (ma vie parisienne, un job confortable, ma famille et mes amis) il y a un peu plus d’un an pour m’installer à Montréal. Une ville que je connaissais déjà pour y avoir fait un stage en 2012. Mais également un continent qui me parlait pour avoir été expat aux USA en 2013-2014. Je raconte les étapes de cette installation dans mon blog ainsi que ma nouvelle vie et tout ce qu’on peut faire dans cette belle ville (articles récents).

Le Canada : nouvel El Dorado

Le Canada : El Dorado d’un nombre toujours plus important d’expatriés français
(Crédits: Pixabay)

Si j’ai pu réaliser ce projet, c’est avant tout grâce au PVT (Permis Vacances Travail) valable 2 ans dans toutes les provinces du Canada. Du pain béni pour celles et ceux qui souhaitent avoir une expérience professionnelle à l’étranger sans contrepartie trop contraignante. En effet, le visa qu’est le PVT permet de travailler pour n’importe quel employeur à certaines exceptions près comme le gouvernement. Il vous permet également de vous installer dans toutes les provinces du pays et pour la durée souhaitée. Concrètement, il est possible de partir vivre dans chacune des 13 provinces et territoires, et de travailler dans 13 secteurs différents en restant moins d’un mois dans chaque emploi (en théorie…). Sinon, faîtes comme moi, installez-vous dans une ville durablement et recommencez tout à zéro.

Le bilinguisme : une chance pour les expatriés français

Les expatriés français disposent d’un atout non négligeable s’ils maîtrisent le « bon français ». En effet, notre langue est recherchée dans de nombreuses provinces afin de perpétuer une tradition qui se meurt, notamment dans les villes anglophones. Concernant Montréal, je lis énormément de commentaires condescendants sur le fait que les français boycottent le Québec pour améliorer leur anglais. Mettons les choses au clair ! Montréal est une ville BILINGUE. Certains natifs ne parlent que l’anglais, et de nombreux quartiers sont majoritairement anglophones. Dans les réunions d’affaires, la langue officielle reste l’anglais, très loin devant le français. Il est donc tout à fait possible d’améliorer son anglais en s’installant à Montréal.

Château Frontenac

Le fameux Château Frontenac situé sur les rives du Québec
(Crédits: Pixabay)

Pour ma part, mon binôme direct au travail est un anglophone né à Montréal. Il n’a appris le français qu’une fois arrivé au lycée et il est encore loin de le maîtriser totalement. Au quotidien, nous discutons en anglais. Tous les papiers et emails avec lesquels je travaille quotidiennement sont dans les deux langues. Et je dois être capable de m’exprimer dans les deux langues également.

Ce qui m’amène au point suivant : venir au Québec pour parler uniquement le français et éviter la langue anglaise, ce n’est pas une bonne idée. Mais une alternative consisterait à s’installer dans les campagnes québécoises ou bien à Québec City. Si vous ne maîtrisez que sommairement la langue de Shakespeare, dans ce cas vous allez rater de belles occasions. En effet, lors d’un entretien il est quasi systématique que l’entrevue se passe dans les deux langues.

La chance aux compétences avant tout !

En France, j’étais frustrée de ma situation professionnelle car je voulais plus que tout évoluer dans le milieu du web. J’étais une autodidacte possédant de nombreuses connaissances (SEO, SEM, CMS, Coding, Analytics et WebMaketing) mais sans aucun diplôme. J’ai tenté à plusieurs reprises de suivre des formations mais étant employée, donc ni chômeuse, ni étudiante (et franchement sans budget pour reprendre une école privée), mes chances étaient minces. Le projet de venir au Canada, c’était surtout pour voir si le marché était plus ouvert et éventuellement tenter ma chance. Je me suis pliée aux exigences de rédaction du CV, bien différentes de la norme française.

  • Ne pas insérer d’informations privées comme la date de naissance, le statut perso ou la photo
  • Lister toutes ses expériences, même celles sans rapport pour montrer la richesse de son profil et de son parcours
  • Énumérer des compétences ou des activités annexes, qui définissent ses intérêts et sa personnalité
  • Rester sobre dans la rédaction
Politique migratoire au Canada

La politique migratoire du Canada n’en fait pas pour autant un territoire facile d’accès
(Crédits: Pixabay)

J’ai également mis en avant et décrit davantage mes compétences que mes diplômes. Je n’ai postulé qu’à des offres dans le domaine du web sur des plateformes comme Indeed, le grenier de l’emploi ou Isarta. J’ai reçu quelques appels pour des entretiens téléphoniques mais aucun n’a débouché sur un entretien physique ou une offre.

Une première expérience québécoise avec le bénévolat ?

On lit et entend souvent qu’au Canada, une première expérience est indispensable pour obtenir un travail qualifié. Que prendre un job alimentaire pas très gratifiant montre sa capacité d’adaptation au marché et son humilité. Ce qui permettrait ensuite de postuler à des offres plus convoitées et obtenir ainsi une certaine légitimité. Même chose pour ce qui concerne le bénévolat et les événements de réseautage où on récolte les cartes de visites. Honnêtement, je n’ai pas d’avis tranché à ce sujet car je n’ai fait aucun des trois. Et malgré tout, j’ai tout de même décroché un job à responsabilité dans le secteur que je visais.

Des amis français ont également décroché des postes sans ces conditions (dans le digital, l’hôtellerie et la restauration). Mais d’autres ont enchaîné les petites missions, les bénévolats sans pour autant trouver plus facilement un emploi. Il peut être intéressant de s’y pencher si vos recherches ne sont pas fructueuses après quelques semaines ou quelques mois. Mais je pense qu’il faut aussi nuancer quand on parle de passage « obligatoire » pour réussir au Canada/Québec.

Se rendre visible sur Linkedin avant de s’expatrier

Finalement, j’ai trouvé un emploi en l’espace de deux mois grâce à LinkedIn. Mais il m’a fallu apprivoiser l’outil pendant plusieurs mois avant mon arrivée. Et je suis restée vraiment active une fois l’outil maîtrisé. Par exemple, j’ai ajouté pendant plusieurs semaines des professionnels du milieu digital dans tous les secteurs possibles de la région de Montréal. Je me suis également inscrite à des groupes de discussion en ligne.

J’ai scrupuleusement rédigé mon profil, détaillé chacun de mes postes en France et à l’étranger même si certains n’avaient pas de lien avec le secteur visé. Il a bien entendu fallu mentionner mes diplômes mais sans m’y attarder. Quoi qu’il en soit, ils n’ont pas d’équivalent au Canada. Et surtout, j’ai décrit toutes mes compétences et valorisé ce qui me semblait être mes meilleurs atouts.

Mais ce qui m’a demandé le plus de temps, c’était de me rendre sur le réseau une à deux heures chaque jour afin d’être visible. Par exemple, je lisais les articles partagés par mes relations, je commentais et « likais » les posts. Moi-même, je partageais des informations que je trouvais pertinentes.

Réseau social

Apprivoiser les outils de réseautage pour mieux se positionner
(Crédits: Pixabay)

Ainsi, lorsque je suis arrivée sur place, quelques semaines plus tard, mon nom était apparu à plusieurs reprises sur le feed de mes relations. J’ai alors écrit un post résumant qui j’étais, ce que je cherchais comme emploi ainsi que le domaine. Puis, j’ai demandé de partager. J’ai alors ajouté une petite touche d’humour et attaché une photo. Finalement, cela a marché, puisque le post a été liké une centaine de fois et partagé à plus de trente reprises également. J’ai reçu une dizaine d’appels et passé quatre entretiens physiques. Deux ont débouché sur des offres d’emploi permanent dans le digital comme je le souhaitais.

L’obtention du statut de résident au Canada (Entrée Express)

Petite parenthèse pour ceux dont la profession est considérée comme qualifiée (catégories A, B ou 0) et qui visent une intégration à long terme. Dans ce cas, après un an de travail à temps-plein au Canada, il est possible de demander la résidence permanente. Oui, oui si rapidement ! Et si vous n’êtes pas éligible au PVT (plus de 36 ans, ne souhaitant pas attendre le tirage au sort), vous pouvez bénéficier de l’Entrée Express. Il s’agit d’un statut de résident permanent pour les francophones uniquement. Il est possible de l’obtenir à vitesse grand V mais seulement pour s’installer ailleurs qu’au Québec !

Train grande vitesse

Tenter l’obtention du statut de résident canadien à vitesse grand V
(Crédits: Pixabay)

Avec le recul, je pense que j’ai eu de la chance de me faire si rapidement une place sur le marché montréalais. Que ce soit en France ou ailleurs, il y a toujours un facteur chance indéniable. Être au bon endroit au bon moment avec la bonne personne. Se fixer des objectifs est essentiel mais gardez en tête que les Français sont de plus en plus nombreux. La concurrence est donc réelle et il se peut que vous attendiez des mois avant de pouvoir trouver un job. Surtout dans des milieux comme la communication ou l’événementiel, qui comme en France sont totalement bouchés. Le secret est de préparer méticuleusement son départ, être motivé plus que jamais et se donner les moyens!

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