Travailler à Madagascar avec Charly

À Madagascar, le marché du travail repose à 80 % sur une économie informelle. Par ailleurs, le taux de chômage est élevé et les salaires locaux sont très bas (de 60 à 600 euros selon les professions). Malgré tout, les expatriés demandeurs d’emploi ont de bonnes chances de pouvoir travailler.

En effet, les travailleurs étrangers auront des facilités à se faire embaucher à des postes d’encadrement. D’ailleurs, de nombreuses entreprises françaises se sont implantées à Madagascar.

Ainsi, exercer une activité est possible pour les expatriés notamment dans des secteurs comme l’industrie du textile, la téléphonie, l’informatique, les ONG, et les services offshores. Par ailleurs, des offres d’emplois sont à pourvoir dans des secteurs tels que l’ingénierie, l’immobilier, le commerce international.

Dans ces conditions, Charlotte alias Charly, nous raconte son itinéraire. Et pour continuer l’aventure avec elle, nous vous invitons à la retrouver sur son blog Journal d’Évasion.

Tout quitter pour vivre à Madagascar

Située dans l’Océan Indien, l’île de Madagascar envoûte. En quittant cette « Grande Île », beaucoup se rappelleront des sourires et de la douceur de vivre du pays. Les yeux brilleront encore de tout ce qu’ils auront vu, de cette flore et cette faune endémique, de ses plages au sable blanc et de ses mers émeraudes. Et beaucoup se surprendront à rêver de s’y installer un jour en pensant qu’ici, tout sera plus facile…

Côtes malgaches

Madagascar, un rêve fait de sable blanc et de mers émeraudes
(Crédits : Pixabay)

Je m’appelle Charly et je vis à Madagascar depuis 2014. Cette envie de venir m’installer ici m’a pris quand j’avais 10 ans lors d’un voyage avec mes parents. Et 15 ans plus tard, j’y posais mes valises. Pourtant, n’étant au départ pas complètement certaine de l’aboutissement de ce projet, j’ai entamé des études de psychologie à Lyon tout en gardant un œil sur les possibilités de partir vivre à Madagascar.

Lors de ma 4ème année de Psychologie, j’ai saisi une opportunité qui m’était proposée par un de mes contacts connaissant mes envies d’ailleurs. J’ai alors laissé derrière moi mon appartement et mes études.

Travailler sous quel type de contrat : expat ou local ?

À Madagascar, pour les ressortissants étrangers, il existe deux statuts. Le premier est destiné aux “expatriés”. Ils sont employés sous un contrat de droit français par une entreprise française et bénéficient à ce titre des mêmes avantages (salaires, sécurité sociale etc..) que leurs collègues situés en France.

Le second est le contrat local qui consiste pour un travailleur étranger à signer le même contrat que pourrait signer n’importe quelle personne Malagasy. Dans le cadre de mon activité professionnelle, je fonctionne depuis 5 ans avec des contrats locaux. C’est ce type de contrat que nous allons plus particulièrement aborder.

Contrat local malgache

Les entreprises malgaches offrent généralement des contrats locaux aux expatriés
(Crédits : readytogo.fr)

Ayant fait des études de psychologie, j’occupe pourtant actuellement un poste à responsabilité dans l’hôtellerie. Un recruteur ne m’aurait probablement jamais proposé une telle opportunité en Europe.

Comment obtenir un permis de travail ?

Pour trouver du travail à Madagascar, il faut, comme partout ailleurs, avoir le droit de travailler. Et pour obtenir un visa de travail, il faut déjà avoir un travail à Madagascar. C’est d’une logique sans faille. Le secret pour casser ce cercle vicieux, c’est de faire une demande de visa transformable à l’ambassade ou aux consulats de Madagascar en France.

L’ambassade de Madagascar se trouve actuellement à Paris mais Madagascar possède également des consulats dans plusieurs villes telles que Marseille, Bordeaux, Nantes ou Saint-Étienne. En ce qui me concerne, j’ai fait ma demande au consulat de Lyon.

Quand vous aurez trouvé une entreprise prête à vous embaucher, elle fera une demande d’autorisation de travail. Cela vous permettra par la suite de passer en visa travail. Le visa s’obtient en passant par l’EDBM (Economic Development Board of Madagascar) qui est un organisme lié aux Ministères visant à faciliter les démarches administratives.

EDBM à Madagascar

L’EDBM facilite vos démarches pour l’obtention du permis de travail
(Crédits : Pexels)

Leurs services administratifs montent un dossier dans lequel on vous demande une liste de documents tels qu’un extrait de casier judiciaire, votre acte de naissance, un certificat de résidence, etc… Puis après une enquête de moralité, l’EDBM valide (ou non) votre demande de permis de travail.

En général, le visa est rarement refusé quand une entreprise a obtenu l’autorisation d’emploi. L’administration à Madagascar n’étant pas la plus rapide, la procédure peut prendre plusieurs mois mais finalement, on y arrive ! Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site de l’ambassade française à Madagascar.

Quels postes viser à Madagascar ?

À Madagascar, le marché de l’emploi se focalise sur la capitale Antananarivo, qui reste le plus grand centre économique du pays. La grande majorité des entreprises y ont établi leur siège. Mais certaines villes comme Tamatave, Diego, Tuléar ou Majunga sont également en pleine croissance. Avec un peu de volonté, vous pourrez également trouver un emploi dans ces grandes villes.

Quelle que soit la ville, en tant qu’étranger à Madagascar, vous n’aurez que des offres d’emploi en tant que Responsable ou Manager. Madagascar étant en plein développement, tous les secteurs sont susceptibles de recruter les ressortissants français jeunes diplômés ou qualifiés (Hôtellerie, Comptabilité, BTP,…).

Chantier BTP

Plusieurs secteurs recrutent activement les ressortissants français
(Crédits : Pixabay)

À Madagascar, les entreprises reconnaissent tous les diplômes, et tout particulièrement les diplômes français. Au final, les recruteurs sont susceptibles de s’intéresser à énormément de profils variés ! Donc n’hésitez pas à postuler via les petites annonces ou par candidature spontanée.

Mais même si vous arrivez au pays sans aucun diplôme en poche et avec peu d’expérience professionnelle, tout n’est pas perdu face aux ressources humaines. C’est triste à dire mais vos origines restent finalement votre meilleur atout pour venir travailler à Madagascar.

Hôtel à Madagascar

Les opportunités professionnelles ne manquent pas à Madagascar
(Crédits : Madagascar Tourisme)

C’est ainsi que je me suis retrouvée avec d’importantes responsabilités dans un secteur que je ne connaissais absolument pas avant. Peu de temps après avoir posé les pieds sur l’île, j’ai du retrousser mes manches et m’adapter rapidement à ces nouvelles responsabilités.

À quels salaires s’attendre ?

Niveau salaire, il ne faut pas avoir de faux espoirs, Madagascar fait partie des pays les plus pauvres au monde. Ici, les entreprises qui recrutent proposent un salaire de base qui ne dépasse pas les 50€. Cela donne une idée de ce qui vous attend. Si vous pensez imposer un salaire minimum équivalent au SMIC français pour un contrat local, il est clair qu’il vaut mieux prendre votre valise et vous offrir le vol retour.

Billets de banque malgaches

Les salaires restent à des niveaux relativement bas à Madagascar
(Crédits : Freepik)

Mais, selon le poste et l’entreprise, un responsable peut débuter avec un salaire équivalent à 300€. Puis avec l’expérience, le salaire peut atteindre 1 000€ par mois. Certaines entreprises ont parfaitement les moyens d’offrir un salaire équivalent au SMIC français voir d’aller même au-delà. Cette différence dans les salaires crée un écart très important en termes de richesses dans le pays.

En contrepartie, la vie est relativement peu chère au pays de la vanille. Il est possible de trouver un logement tout à fait acceptable pour 120€ par mois en pleine ville par exemple. Les produits locaux sont très abordables : par exemple comptez environ 25 ct pour un kilo de banane et 35 ct pour un kilo de pommes de terre. Finalement, seuls les produits importés restent chers.

Marché à Madagascar

En plus d’être délicieux, les produits locaux sont proposés à des prix abordables
(Crédits : Pixabay)

Quel est le processus de recrutement à Madagascar ?

À Madagascar, une candidature suit le même processus de recrutement que dans le système français. Il suffit de déposer son dossier avec un CV et une lettre de motivation répondant aux mêmes critères qu’un dossier de candidature standard en France. L’employeur vous contactera par la suite pour convenir d’un entretien qui se déroulera en général entièrement en français.

n’y aura que très peu de dépaysement de ce côté-ci. L’employeur consacrera sûrement une partie de l’entretien d’embauche à vos motivations. Notamment celles qui vous ont amené à postuler à une offre d’emploi sur Madagascar. Ensuite, il s’intéressera à votre capacité d’adaptation face à une culture différente de la vôtre.

Encore une fois, candidater auprès d’entreprises malgaches débouchera pour la grande majorité des cas sur un contrat local et non sur un contrat d’expatrié.

Travailler à Madagascar

Comme Madagascar repose principalement sur un système débrouille, avoir un réseau de connaissances facilite grandement la recherche d’emploi. Mon premier emploi s’est fait grâce à une de mes connaissances qui m’a proposé un poste à la direction d’un hôtel en province. Mon deuxième emploi, au contraire, je l’ai trouvé en déposant une candidature. Il s’agissait du poste de F&B Manager dans un grand hôtel au centre-ville.

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Avant n’importe quel diplôme, pour réussir dans une entreprise malgache en tant qu’étranger, il vous faudra certaines qualités. Je citerai notamment la patience, le recul sur soi et surtout l’écoute de l’autre. Se comprendre malgré nos différences culturelles est primordial.

En effet, mon premier choc au travail a été principalement d’ordre culturel. Le rapport au travail et à la rigueur professionnelle est pour le moins à relativiser au pays du mora mora, “tout doucement” ! Habituée à des entreprises strictes sur les règles, sur la performance, ici, j’ai dû apprendre à m’adapter à un autre système de travail.

Baobabs à Madagascar

La culture malgache invite à la vie mora-mora, “tout doucement”
(Crédits : Pixabay)

Officiellement, les conditions de travail sont similaires à celles de la France. Mais dans son application, on se rend vite compte que nous sommes bien loin du respect total du droit du travail. L’écart entre la théorie et la pratique, entre l’officiel et l’officieux, existe partout et pour tout sur la Grande Île.

Faut-il savoir parler Malagasy ?

Une fois n’est pas coutume, parler la langue locale n’est absolument pas une obligation pour trouver un job. L’important est de maîtriser le français, qui est aussi la langue officiel du pays avec le malgache. Et parler anglais est un atout supplémentaire. Et c’est seulement après avoir abordé toutes les langues du globe que votre employeur vous demandera si vous parlez malgache.

Oui mais… Maîtriser un peu la langue locale est un bonus non négligeable. Premièrement, votre employeur verra en vous quelqu’un de motivé ayant une réelle volonté de rester au pays. Mais au-delà de ça, éthiquement, il est aussi important de parler un peu Malagasy, ne serait-ce que pour une question de respect. Les Malagasy vous respecteront d’autant plus pour ça, donc un point de plus pour l’intégration.

Alliance française de Madagascar

L’Alliance française propose des cours de Malagasy
(Crédits : Alliance française)

Il n’existe pas encore à ce jour de certification des connaissances en langue Malagasy. Mais l’Alliance Française à Madagascar propose des cours aux ressortissants de pays étrangers. En dehors de ce genre d’organisme, c’est relativement simple de trouver des particuliers acceptant de donner des cours individuels ou même collectifs.

La vie à Madagascar ?

La vie à Madagascar, et plus particulièrement à Antananarivo, n’est pas de tout repos. L’image de l’Eldorado que vous vous étiez construite lors de vos dernières vacances sur l’île risque de s’estomper au fur et à mesure que vous affronterez la réalité du pays. Non, Madagascar n’est pas un pays facile à vivre.

Véritable jungle urbaine, Antananarivo est une ville pleine d’énergie en journée. Entre embouteillages, pollution, marchands à chaque mètre carré, elle a parfois tendance à épuiser. En province, la vie est plus tranquille mais le manque d’infrastructures dans certaines régions peut être pesant au quotidien. Il y a les délestages, les coupures d’eau, la police qui essaie de vous extorquer un ou deux billets, une administration très longue et l’insécurité (douce mais réelle).

Pourtant, chaque jour est une nouvelle découverte, un nouvel étonnement. À chaque expérience, on apprend un peu plus sur nous-même et sur les autres. On découvre une culture à mille lieux de la nôtre et on apprend à se remettre en question.

N’hésitez pas à poser vos questions, laisser un commentaire et noter cet article

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