Travailler en Italie avec Kinoette

Le marché de l’emploi en Italie est l’un des plus touchés par le chômage en Europe. Mais que l’on ne s’y trompe pas, les opportunités pour les expatriés existent bel et bien. En effet, l’Italie a la plus faible part d’habitants dotés d’une éducation supérieure dans l’UE. Avec de solides qualifications professionnelles, de nombreux secteurs offrent de réelles opportunités pour un travailleur étranger. En particulier l’ingénierie, les métiers de bouche, l’enseignement, le secrétariat, l’informatique, le commerce, le contrôle de gestion, la comptabilité, l’assistance clientèle, le tourisme et la grande distribution.

  • Quelles sont les démarches administratives à effectuer ?
  • La langue italienne est-elle indispensable ?
  • Quelle stratégie adopter pour réussir son expatriation ?
  • Comment se constituer un réseau ?

C’est ce que va nous raconter Aurélie, du blog kinoette.com , expatriée en Italie depuis une douzaine d’années maintenant.

S’installer en Italie, l’expérience d’Aurélie

Raconter l’expatriation en Italie, c’est difficile. Parce qu’il existe autant d’Italies que de personnes. Que l’on rêve d’y séjourner juste quelques temps, de s’y installer, ou d’apprendre à cuisiner la vraie carbonara, je crois que chacun de nous a une histoire personnelle avec ce pays. Je vais raconter un peu de la mienne en espérant que cela soit utile à ceux qui envisagent de s’expatrier et de trouver un emploi en Italie.

L’Italie, fille de la Méditerranée

Je suis Aurélie, fille de la méditerranée installée au pied des Alpes Italiennes. J’ai une maîtrise de LEA Commerce International et un MBA que je suis allée mettre à profit en Italie, un peu par hasard. Dans une multinationale américaine d’abord, puis au sein de la filiale d’une marque française de fragrances et bijoux, avant de rejoindre l’équipe export d’une distillerie piémontaise. Entre temps, j’ai construit ma vie privée et familiale. En effet, je suis tombée amoureuse d’un Italien et nous sommes parents d’un petit garçon de deux ans. Passionnée de langues, de voyages et de botanique, je partage mon quotidien sur mon blog que j’alimente en dehors de mon temps de travail.

Je suis arrivée en Italie par hasard. Après avoir obtenu mon MBA, je suis rentrée en France et lors d’un salon de jeunes diplômés, j’ai approché différents groupes américains dont celui qui allait me proposer de travailler en Italie, à Milan, en CDI. Persuadée que j’allais me faire embaucher à Manchester ou Leeds, j’ai été un peu surprise mais je me suis dit qu’il fallait essayer. J’ai rencontré l’équipe le 11 juillet 2006, deux jours après la finale France-Italie de la coupe du Monde de foot. Un bon sujet de small-talk 🙂 pendant les heures de travail. En août, je commençais.

le Lac Majeur en Italie

Le Lac Majeur, près d’Arona dans le nord de l’Italie
(Crédits : Kinoette)

Apprendre l’Italien : est-ce nécessaire ?

Dans mon cas, le travail se faisait essentiellement en anglais. Ainsi parler italien n’était pas nécessaire en phase de recrutement. Cependant je ne peux qu’encourager les personnes qui ont un projet d’expatriation en Italie à faire tout leur possible pour prendre des cours d’Italien. C’est absolument fondamental pour mieux vivre le quotidien et intéressant en tant qu’expatrié pour trouver du travail.

Même si je travaillais en anglais, j’ai cherché à rafraîchir mon italien le plus rapidement possible afin pouvoir communiquer avec tous mes collègues, ce qui est essentiel dans n’importe quel poste, en Italie ou ailleurs.

Apprendre l’italien est assez facile car les italiens adorent lorsqu’on fait l’effort de parler leur langue et qu’on s’intéresse à leur culture. Bref, lorsqu’on est sympa et ouvert, tout simplement. Ils sont encourageants, te corrigent gentiment, et se feront un plaisir de t’indiquer le meilleur endroit pour acheter ton pain, te faire épiler, bien manger… Que demander de plus !

En termes de niveau de langue, je n’ai jamais eu à faire certifier mes compétences en Italien. En effet, mes interlocuteurs ont toujours été pragmatiques. Nous nous sommes parlés par téléphone puis plus tard en rendez-vous physique. C’est de cette manière que mon niveau de langue a été vérifié. Il semblerait donc que les entreprises en Italie s’attachent moins que nous aux certifications.

Néanmoins, n’hésitez pas à vous informer auprès de l’Académie de Langue Italienne (AIL) ; Il s’agit d’une association professionnelle réunissant écoles, institutions et experts pour tout ce qui concerne l’enseignement de l’italien en tant que langue étrangère. Plusieurs écoles privées reconnues proposent également des formations pour passer des certificats de langue niveau élémentaire à avancé.

S’installer en Italie : les démarches nécessaires

Les premiers mois dans mon nouveau poste n’ont pas été de tout repos. À la concentration nécessaire lorsque l’on commence à travailler à l’étranger, venaient s’ajouter les difficultés liées à la langue, les démarches administratives, la recherche d’un logement… Heureusement, mon Service des Ressources Humaines m’a aidée dans les démarches qui ne relevaient pas directement de ma vie professionnelle. La bureaucratie n’est jamais facile, mais pour les travailleurs étrangers qui ne parlent pas talien, cela devient de suite un labyrinthe !

Si un séjour temporaire (moins de trois mois) ne nécessite aucune demande de visa pour les citoyens européens, l’inscription à l’état civil de la commune de résidence (le certificato di residenza) est obligatoire pour les ressortissants qui séjournent plus de trois mois.

Le droit de séjour de plus de trois mois est soumis à certaines conditions : il faut travailler, étudier ou disposer de ressources économiques suffisantes pour ne pas peser sur l’état italien. Pour en savoir plus, on peut visiter les sites internet de l’Ambassade de France et de la Chambre de commerce en Italie.

Galleria Vittorio Emanuele II à Milan

A Milan, la Galleria Vittorio Emanuele II
(Crédits : Pixabay)

Le marché de l’emploi en Italie

Vue d’ensemble

Je le savais avant de partir, je m’y suis confrontée lorsque j’ai voulu changer d’emploi. Le marché du travail est assez difficile en Italie, avec de grandes disparités régionales et un important écart de salaire homme-femme.

L’économie Italienne se base sur un grand nombre de PME, encore souvent familiales. Priorité est donc donnée si vous êtes membre de la famille. À celles-ci s’ajoutent de grandes entreprises que l’on trouve partout, mais avec une concentration dans les régions du Nord : Lombardie, Piémont, Vénétie notamment, au détriment du sud de l’Italie.

Les entreprises françaises en Italie ne font pas exception. Selon Business France, l’Italie comptait environ 1700 filiales françaises. La principale région italienne d’implantation économique française étant de loin la Lombardie, qui compte près de la moitié des entreprises françaises en Italie, puis le Piémont.

Pour un français qui souhaite s’installer en Italie, les pistes de recherche sont multiples. J’ai noté cependant que le type de profil recherché est souvent celui de technico-commercial (pour l’export de machines B2B vers la France) ou agent de commerce pour des produits français sur le territoire italien. Pour ma part, ayant toujours travaillé à l’export, j’ai toujours cherché du travail mes recherches (avec succès) sur les secteurs où France et Italie sont leaders : luxe, cosmétiques, alimentaire. Dans tous les cas, un diplôme de troisième cycle est souvent demandé : les entreprises cherches des candidats qualifiés et l’anglais est toujours requis.

Et bien évidemment, regardez du côté des offres d’emploi de france-expat où on peut découvrir de vraies petites perles.

Les contrats de travail

Au-delà des différences régionales, les jeunes chômeurs et la précarité ne sont pas rares. Même pour les jeunes diplômés qui habitent encore souvent chez leurs parents à 30 ans, par commodité mais parfois, faute de stabilité.

En effet, au-delà des emplois saisonniers, il existe pléthore de contrats de travail souvent précaires. Jusqu’à ces derniers mois, sous certaines conditions on pouvait même être payé avec des vouchers, des bons, pour un travail journalier (le niveau minimum du CDD…). C’était un moyen d’introduire de la flexibilité pour les commerçants, tout en luttant contre le travail au noir encore bien présent en Italie.

Étant arrivée en contrat à durée indéterminée grâce à mon premier travail, je n’avais jamais été confrontée à cette précarité. Une jeune collègue me raconta ceci : le jour de son embauche, avec son contrat de travail on lui avait fait signer également une “démission en blanc”. Totalement contraire au code du travail, c’est un document que l’employeur se réserve le droit de sortir pour licencier son employé, en cas de grossesse, de refus de faire des heures supplémentaires, ou autre. Heureusement, depuis peu, ce procédé abusif a été endigué grâce à la démission en ligne.

Ville d'Arona en Italie

Dans la ville d’Arona, la rue cavour et ses 800 parapluies
(Crédits : Kinoette)

Travailler autrement

On trouve aussi des emplois à temps plein “camouflés”, pour lesquels l’entreprise ne se propose pas d’employer la ressource. Elle proposera de lui faire un contrat de service – la personne ayant donc besoin d’avoir un numéro de siret (partita IVA) pour se porter candidat. J’ai souvent rencontré ce scénario dans le secteur commercial. Mais également en recherchant un emploi dans les services de communication et de webmarketing. Ces pratiques sont bien évidemment contraires à la législation du droit du travail.

Grâce au web, le marché du travail se transforme en Italie aussi, avec différents groupes hyper connectés et pleins d’infos pour mettre en place et gérer une activité entièrement digitale. Les chambres de commerce sont de bons interlocuteurs pour aider les porteurs de projets à monter leur structure en tant que travailleurs indépendants. Créateur de contenu, traduction, webdesign, rien n’empêche de considérer cette option lorsqu’on pense à s’expatrier en Italie. Histoire d’éviter de se frotter au marché du travail local parfois complexe. C’est d’ailleurs dans cette direction que j’envisage de me diriger à moyen terme pour gagner en liberté et en autonomie. Je pourrai ainsi organiser mes horaires de travail comme bon me semble.

Immersion dans une entreprise italienne

Les horaires de travail

Si j’exclus mes stages en entreprise, je n’ai jamais vraiment travaillé en France. Malgré cela, pour en avoir discuté avec des amis Français, on peut noter certaines différences en ce qui concerne la vie en entreprise (du nord pour ce qui me concerne).

Tout d’abord, il vous faudra oublier 35 heures puisqu’en Italie on travaille au moins 39 heures par semaine. De plus, les heures supplémentaires sont bien vues. Pour les congés, difficile de prendre une semaine ou deux en dehors du sacro-saint mois d’août. Même chose pour les RTT qui doivent être dûment justifiés.

Pour ce qui concerne les horaires de travail, ils diffèrent entre le nord et le sud. Employée dans une entreprise du nord de l’Italie, je commence ma journée à 8:00 ou 9:00 pour la finir entre 17:00 et 18:00, alors que les Romains tendent à commencer un peu plus tard et à sortir plus tard le soir.

Les modalités de travail

Ensuite, dans le déroulé type d’une journée, il y a généralement des réunions de travail. Pour être honnête, elles ne sont pas toujours bien menées. Je me souviens d’une amie consultante polonaise qui s’arrachait les cheveux lorsqu’elle venait en Italie. “Mais qu’est-ce qu’ils parlent, comment fais-tu pour supporter ce flux verbal qui dure des heures”. Je ne sais pas si c’est un trait commun à toutes les entreprises italiennes, mais il faut s’y préparer. Est-ce lié au fait que de toute façon on doit rester au bureau jusqu’à 18:00 minimum ?

Ensuite, mis à part les Italiens qui travaillent pour de grands groupes internationaux de consulting, le télétravail reste une utopie. Cependant, du fait de la crise sanitaire que l’Italie a traversée, beaucoup d’entre nous sont passés à 100% en télétravail avec de bons résultats. Et ceci, malgré les réticences de certains managers (et pas forcément les plus âgés). J’attends avec impatience de voir si cela introduira des changements dans la gestion du temps et dans les modes de communication dans les entreprises italiennes petites et moyennes.

Autres aspects des conditions de travail

La question de la parité me tient beaucoup à cœur. Mais malheureusement c’est un aspect de la vie professionnelle avec lequel il faudra se battre. Certainement autant en France qu’en Italie d’ailleurs. On peut noter de fortes disparités entre le nord et le sud sur le pourcentage de femmes actives.

Enfin, en termes de relations, le personnel et le professionnel s’entrelacent en Italie. Il ne faut pas hésiter à partager un peu de soi avec les collègues italiens : ses goûts, sa famille, son équipe de foot favorite. Sans ce lien personnel fort, il n’y a pas d’équipe, et attendez-vous à de possibles difficultés d’insertion surtout lorsqu’on est étranger et qu’on ne connaît pas tous les codes.

Stratégie d’une française en Italie

J’ai changé plusieurs fois d’emploi en Italie. Mais c’est surtout la naissance de mon fils qui m’a fait reconsidérer un peu mon parcours professionnel. Le temps du congé parental m’a servi à faire le bilan sur notre futur ici et à élaborer les grandes lignes d’une stratégie. Je me suis interrogée sur le temps passé dans les transports, le type de carrière que je voulais construire et quelle pourrait être la valeur ajoutée de mon profil : une française en Italie.

Se présenter en italien sur son CV

La seule connaissance de la langue ne suffira pas à vous faire obtenir un emploi qualifié. Lorsque je cherchais à changer d’emploi, les seules annonces qui citaient le français comme nécessaire étaient pour travailler dans un call-center ou comme assistante commerciale back-office. Le profil Anglais-français est déjà plus attractif.

Pour créer votre CV italien, il faut le traduire mais surtout l’adapter selon le secteur dans lequel on cherche un emploi. Mais plus qu’un CV, il faut vendre un projet et une personnalité pour pouvoir travailler en Italie. Montrez-vous motivé, intéressé, créatif. Pour moi en tout cas cela a souvent marché. J’ai pu changer de secteur peut être plus facilement que si j’avais été en France.

Couleurs de l'Italie

Pour avancer, soyez créatif !
(Crédits : Kinoette)

La lettre de motivation doit être courte et assez formelle : reprendre les trois arguments les plus percutants du CV pour la position recherchée, et basta. Ce sont davantage les entretiens qui vous permettront de vous vendre. Arriver préparé sur l’entreprise, son secteur et des idées, mais aussi se montrer tel que l’on est car l’entreprise cherche un nouveau “membre de sa famille”.

Saisir les opportunités, se créer un réseau

Ici, le réseau est essentiel et les projets se mettent en place rapidement. Il faut être réactif et flexible. Pour chercher du travail, la partie réseautage est importante. Rien de mieux que de s’affilier à certains sites comme :

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La France et l’Italie sont des partenaires économiques majeurs. Je crois qu’en terme de relations économiques, on ne peut pas rêver mieux. Luxe, mode, gastronomie, aéronautique, automobile, autant de secteurs où les deux pays excellent. A nous de saisir les opportunités que cela signifie !

En conclusion : les subtiles différences France – Italie

Je ne crois pas qu’on puisse parler de choc culturel lorsque l’on imagine de s’expatrier en Italie. Du moins, pour moi qui ait comme pays d’origine la France. Les différences se révèlent au fil du temps. Certaines sont de véritables icebergs dont on aperçoit parfois seulement la pointe.

On pourra choisir de les ignorer, et vivre dans une Italie cliché. Un doux rêve composé de bureaucratie, de gesticulation, de vespa, de pizza et de limoncello. Je crois que cette approche ne dure qu’un temps. Au contraire, en les notant on peut aussi apprendre beaucoup sur notre propre histoire. Et travailler la tolérance et le non-jugement.

Un exemple ? Lorsqu’un après-midi de décembre, le prêtre vient bénir le lieu de travail, et célèbre la messe en salle de réunion. Sans que personne ne trouve rien de choquant ou d’incongru là-dedans. La première fois, j’étais au bord de l’apoplexie devant tant d’affront à la laïcité. Mais, au fil des années, j’ai appris à mieux tolérer cette présence de la religion dans la sphère professionnelle.

Si la vie en Italie n’est pas toujours facile, c’est un pays extrêmement attachant. Il faut savoir prendre le meilleur, accepter de s’adapter et passer sur les petites différences irritantes que l’on peut rencontrer. J’y vis depuis maintenant 12 ans et je reste fascinée par l’Italie. Notamment sa littérature si prolifique, son histoire complexe et si différente de la nôtre. Aussi, si l’aventure vous tente, lancez-vous ! Commencez par un petit voyage en Italie 🙂

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