Partir travailler en Australie par Thomas

Avec un taux de chômage à 5,7 % et 30 % des offres d’emplois non pourvues, l’Australie reste un territoire attractif pour les expatriés français maîtrisant l’anglais. Considérés comme travailleurs et dotés d’une bonne formation, les Français jouissent d’ailleurs d’une bonne réputation.

Et grâce à sa croissance annuelle qui ne faiblit pas depuis 25 ans, des habitants à fort pouvoir d’achat et la proximité du marché asiatique, l’Australie accueille toujours aussi favorablement les expatriés sur son territoire. Thomas, expatrié depuis trois ans, partage avec nous son expérience australienne et bien plus encore sur son Blog.

Avant toutes choses…

Un froggy au pays des kangourous

Après 10 ans d’expérience en France dans une agence d’architecte à Toulouse, j’ai eu l’impression de plafonner un peu, professionnellement et personnellement… Je me suis donc fixé un challenge consistant à partir seul à l’autre bout du monde. Climat, longue distance, qualité de vie, paysages, mer… l’Australie me semblait être une destination intéressante. Voila pourquoi il y a trois ans, je m’y suis rendu dans le cadre d’une année sabbatique. Année qui s’est depuis transformée en immigration à long terme. Entre-temps je me suis marié avec une expatriée, tout comme moi, mais d’origine taïwanaise. Elle travaille dans la restauration, et ensemble nous avons eu un bébé fin 2017.

Voilà pour le cadre général, passons maintenant au vif du sujet. Comment un « froggy » peut trouver du boulot au pays des kangourous ? Sachant qu’il existe quelques prérequis totalement indispensables.

Prérequis pour un emploi

Partir équipé à l’assaut du marché du travail
(Crédits: Pixabay)

D’ya speak English?

Pensez-vous pouvoir trouver du travail en France sans maîtriser le français ? Probablement pas. Eh bien pas de surprise : en Australie c’est pareil ! L’anglais sera nécessaire, à moins que vous ne maîtrisiez le chinois, seconde langue du pays, parlée dans des quartiers entiers. Ou bien de vous cantonner exclusivement à des petits boulots entre français, et encore…

Bonne nouvelle, en revanche : le pays est véritablement porté sur l’international. Dans ma précédente compagnie, il y avait 80% d’étrangers. Et La plupart des 20% restants n’étaient pas nés en Australie ! Donc personne ne se plaindra si vous ne connaissez pas certains mots ou si votre accent n’est pas parfait. En l’espèce, l’accent français est même un bonus : beaucoup d’anglophones le trouvent mignon.

J’avais suivi trois mois de cours d’anglais avant d’arriver ici. Une manière pour moi de me remettre en selle. Néanmoins, le maître-mot reste de se jeter à l’eau, et de pratiquer ! Pratiquer, se tromper, et encore pratiquer…

Émigrer en Australie

L’Europe donne de mauvaises habitudes : même monnaie et mêmes droits où que l’on soit grâce à son passeport français… En Australie, un visa vous sera nécessaire. J’ajouterai qu’il est fortement recommandé de se tenir aux conditions de son visa : possibilité de travailler ou non, nombre d’heures à ne pas dépasser… L’immigration australienne n’est pas au niveau de celle des US mais pas loin… Les cas d’expatriés épinglés pour avoir outrepassé leurs droits en termes de temps de travail ne sont pas rares. Ils sont alors mis dans un avion aussi sec et bannis du territoire.

Je ne peux pas rentrer dans les détails, car il existe des centaines de visas et les règles changent en permanence. Mais le site de l’immigration est très bien fait. Il saura vous indiquer à quels visas vous pouvez prétendre, en fonction de ce que vous souhaitez faire, de votre expérience, de vos diplômes, de votre âge, etc. Jusqu’à il y a peu, l’Australie – terre d’immigration s’il en est – était très ouverte. Cela tend malheureusement à changer, et qui plus est, à grande vitesse.

Avec le bon visa

Personnellement, je suis d’abord passé par un visa (417) Vacances-Travail. Puis, j’ai obtenu un visa (457) de travail de 4 ans sponsorisé par une entreprise australienne. Enfin, j’ai pu obtenir la résidence permanente (189).

Si le premier est très facile à obtenir, le second nécessite d’exercer un métier répertorié par les services de l’immigration et de trouver un sponsor. Concrètement, il s’agit des jobs pour lesquels le pays manque de bras. Le dernier nécessite de remplir plusieurs critères, dont l’expérience professionnelle, le niveau d’anglais, etc… Tout cela doit être dûment reconnu par les autorités locales. Cela signifie donc passer un test IELTS, faire reconnaître son diplôme par l’Ordre des Architectes, réaliser un portfolio, passer un entretien…. Le coût d’un visa va croissant avec les opportunités qu’il offre : de quelques centaines a plusieurs milliers de dollars.

Dernier détail : ne prenez pas le sujet a la légère et ne faîtes pas les choses au dernier moment. En effet, certains visas sont très longs à obtenir, et nécessitent parfois des documents eux-mêmes longs à obtenir.

documents pour le visa

Bien se préparer à l’obtention de son visa
(Crédits: Thomas MAGUER)

En respectant les règles locales

Attention, l’Australie est un pays très régulé, peut-être plus que la France. Ce qui n’empêche pas les démarches administratives d’être généralement plus simples que chez nous. Pour beaucoup de professions, il faut au préalable obtenir une licence : impossible de vendre de l’alcool ou de s’occuper d’enfants sans la carte qui va bien. Pour exercer le métier d’architecture, ce n’est pas strictement nécessaire mais vous ne pourrez pas mettre les pieds sur un chantier sans la white card (une journée de formation). Par ailleurs, vous ne pourrez pas prétendre être architecte sans passer la registration, processus relativement long et coûteux de reconnaissance par l’Ordre des Architectes.

Et pour simplifier le tout, les règles changent d’un état à l’autre ! Une licence obtenue en Nouvelle-Galles du Sud peut ne pas être valable en Tasmanie. Il vous faudra alors effectuer des démarches de « conversion ». Donc, un seul mot d’ordre : avant de vous lancer, renseignez-vous !

TFN ? ABN ?

Derrière ces acronymes se cachent deux importantes démarches.

Le Tax File Number (TFN) est nécessaire pour toute recherche d’emploi. Il évite de payer plus d’impôts que nécessaire et permet de simplifier votre déclaration d’impôts, leur paiement ainsi que le retour de l’impôt (puisqu’il est commodément prélevé à la source).

L’Australian Business Number (ABN) est nécessaire si vous lancez votre propre affaire. Cette procédure est incroyablement simple en Australie puisqu’elle nécessite au plus une demi-heure de saisie sur Internet. En l’espace de 3 ans j’ai personnellement créé 2 sociétés ! L’une pour faire du ménage, en sous-traitance d’une autre entreprise, le temps de trouver un poste d’architecte. L’autre, Hey Australia, pour fournir des services aux français ou Taïwanais qui seraient tentés par une expatriation Down Under.

Sydney

Sydney, destination incontournable des expatriés français
(Crédits: Pixabay)

Comment trouver son emploi en Australie ?

Faire son CV pour les entreprises australiennes

Ici, le CV est « à l’américaine » : pas de photo, pas de date de naissance, un minimum sur les diplômes. Ajoutez quelques lignes sur vos passions et occupations si elles ont un lien avec le poste. Donnez quelques éléments sur vos compétences en informatique, et détaillez au maximum votre expérience professionnelle. Oui, ce qui compte c’est ce que vous savez faire, ce que vous avez accompli… Complétez chaque expérience par quelques points-clés sur vos réalisations ou les capacités acquises à cette occasion.

Le CV peut faire deux ou trois pages, en fonction de votre expérience, et avoir un entête de deux ou trois lignes résumant votre philosophie ou vos objectifs. Enfin, quelques referees doivent conclure votre CV. Il s’agit des coordonnées de vos précédents responsables ou managers qui pourront attester de vos qualités. Ne négligez pas le choix de ces personnes et pensez à les informer préalablement. Ils seront réellement contactés ! Dans le cadre de ma première recherche de job, je n’avais que des noms de français à mettre, ce qui a donné lieu à des échanges de mails assez savoureux.

L’importance du réseau professionnel

Pensez à créer votre profil sur LinkedIn notamment si votre profession y est représentée. Ce n’est pas une obligation mais beaucoup de recruteurs recherchent des profils grâce à ce site. Personnellement, je reçois une offre via ce canal au moins une fois par mois !

La lettre de motivation (ou plutôt, de nos jours, le mail de motivation) est tout aussi important. Plutôt courte, elle doit montrer votre intérêt pour ce job (et pour ce job spécifiquement) ainsi que votre motivation. Et surtout donner à son destinataire l’envie de vous rencontrer !

Dernier élément mais pas des moindres : joignez des lettres de recommandation. Écrites par vos précédents employeurs ou managers (les fameux referees en général), elles doivent préciser vos qualités et vos réalisations. Si vous n’en avez pas, car ce n’est pas systématique en France, demandez-en : les recruteurs les liront de près 🙂

cv pour l'Australie

Un CV à l’américaine pour l’Australie
(Crédits: Thomas MAGUER)

Où partir travailler en Australie ?

D’une manière générale, le marché est plutôt dynamique en Australie, mais avec des variations régionales importantes. Lorsque j’ai cherché du travail pour la première fois, Sydney était de loin la ville la plus attractive, suivie de près par Melbourne. Perth et Brisbane, où nous vivions a l’époque, étaient plus calme.

Je passais généralement mes journées à répondre à des offres (y compris lorsque je ne correspondais pas à 100% aux critères). Parfois, j’allais déposer mon portfolio en personne. Tout cela pour obtenir un seul entretien après plusieurs semaines de recherche… Un peu frustrant.

Jusqu’au jour où un cabinet de recrutement m’a répondu. J’ai passé un entretien par Skype et quelques jours plus tard, je recevais trois propositions d’entretiens sur Sydney. Généralement, les entreprises ne voient aucun inconvénient à faire passer les entretiens par Skype. Je suppose que la taille du pays et l’éloignement des différentes villes y sont certainement pour quelque chose. Mais préférant le face-à-face, j’ai donc pris l’avion, réservé une chambre pour deux nuits et passé les entretiens. A la fin de la journée j’avais trois offres d’emploi !

Tout dépend de votre secteur et de votre expérience

Précision importante : ayant travaillé 10 ans en France dans ma branche, je ne suis pas arrivé en Australie avec un CV vierge, ce qui aide clairement. Sans expérience locale, vous aurez un choix plus limité d’offres d’emploi. Il est plus difficile d’obtenir la confiance des employeurs Si vous bénéficiez déjà d’une expérience en Australie, il sera sans doute possible de postuler dans des petites villes et/ou dans des zones moins dynamiques.

Selon votre propre domaine, il est aussi probable que l’Australie offre davantage de possibilités. Vérifiez en premier lieu la liste des professions ouvertes aux visas de travail, cela vous donnera une bonne base. Abonnez-vous aux groupes Facebook d’expatriés installés en Australie (ils sont légion). Enfin, essayez de trouver des personnes qui travaillent dans votre branche et discutez avec eux pour avoir leur retour d’expérience.

Une entreprise australienne relax

L’Australie : ambiance relax mais professionnelle
(Crédits: Wenda Xu – Team2)

Où trouver les offres d’emplois ?

LinkedIn sera un allié de poids pour les professions de bureau. Comme indiqué plus haut, le site est utile pour trouver des offres mais il arrive aussi que les offres viennent à vous ! Le site internet Seek est probablement le plus gros vivier d’offres d’emplois. Il est suivi de près par Gumtree (le Bon Coin australien) qui répertorie surtout des jobs moins qualifiés (restauration, hôtellerie, etc). Enfin, pensez à contacter des agences de recrutement. Il y en a beaucoup, plus ou moins spécialisées, et ça ne coûte rien de les approcher.

Si vous êtes installé depuis quelques temps déjà en Australie, votre réseau personnel et professionnel sera sans doute votre meilleur allié. Comme en France, une bonne partie des entreprises recrutent grâce au bouche-à-oreille et par recommandation de leurs propres employés. De fait, ne négligez pas les rendez-vous professionnels, les salons ou autres événements qui permettent de se créer un réseau.

Mont Uluru

Gravir l’Uluru et créer son réseau professionnel : même combat
(Crédits: Pixabay)

Yehee ! On me propose une interview !

De ce point de vue, pas de différence majeure avec la France. Soyez vous-même, mais le meilleur de vous-même ! Attitude, présentation, assurance… et langue anglaise. Bien évidemment, sachez de quoi vous parlez et essayez de savoir en avance avec qui vous allez vous entretenir. Attendez-vous à des questions sur votre expérience ainsi que sur vos attentes (poste, salaire…). Dans le cas de la restauration, l’entretien sera généralement suivi d’un essai de quelques heures.

Après l’entretien, pensez à envoyer un mot de remerciement à vos interlocuteurs. Même si la décision finale est négative, les recruteurs apprécieront votre geste. Et qui sait, l’entreprise pourra éventuellement faire appel à vous plus tard…

D’ailleurs, à propos de salaire …

Oui, à poste équivalent, les salaires en Australie sont plus intéressants qu’en France. Et oui, le coût de la vie (et notamment du logement) est lui aussi plus élevé. Mais globalement, votre niveau de vie sera supérieur à celui que vous aviez en France. Pour vous faire une idée du salaire auquel vous pouvez prétendre, le mieux est de discuter avec des personnes travaillant dans votre secteur d’activité. Le gouvernement australien dispose en outre d’une agence, Fairwork, sorte de mix entre les prud’hommes et les conventions de branche. Le rôle de cette agence est de définir les minima salariaux et de veiller au respect du droit du travail. N’hésitez pas à jeter un œil sur leur site ou même à faire appel à eux si vous estimez être dans une situation injuste.

A noter que pour les professions de bureau, les salaires s’entendent souvent à l’année et toujours avant taxes, même si celles-ci sont prélevées à la source. Ainsi, si on vous propose un salaire de 60 k$, vous recevrez approximativement 4000 $ par mois. Même chose pour un emploi payé à l’heure (comme dans la restauration par exemple) : le salaire effectif varie en fonction du montant annuel estimé de votre paye. Le tout est ensuite réajusté à l’occasion du Tax Return annuel.

Des salaires attractifs

Des salaires plus attractifs qu’en France mais un coût de la vie plus élevé
(Crédits: Reserve Bank of Australia)

Succès total, je suis embauché !! !

Ouvrir ses deux comptes bancaires

Il vous faudra donc un compte courant pour percevoir votre salaire. Votre employeur peut vous le verser à différents rythmes. En effet, le salaire peut être mensuel, journalier, hebdomadaire ou bihebdomadaire, en fonction des secteurs et des contrats. Mais il vous faudra également ouvrir un compte superannuation. C’est un compte bloqué sur lequel l’entreprise verse un complément pour votre épargne retraite. Ouvrir ces deux comptes est vraiment simple. N’importe quelle banque s’en chargera en 20 minutes du moment que vous fournissez votre passeport et quelques autres documents basiques.

Des conditions sociales anglo-saxonnes

Tout salarié a droit à un minimum de 4 semaines de congés annuels. Mais la loi autorise aussi 10 jours de congés personnels, qui peuvent se prendre au pied levé pour raisons diverses (maladie, urgence personnelle, etc). Comme les entreprises ne demandent pas de justificatifs en-deçà de 2 jours, curieusement, les salariés prennent souvent le lundi ou le vendredi…

D’ailleurs les jours fériés australiens, pour une majorité flexibles, tombent aussi sur des lundis ou des vendredis : plutôt pratique, non ?

Je ne sais pas pour les autres secteurs d’activité mais dans l’architecture, les contrats prévoient des heures supplémentaires « raisonnables » non rémunérées. Mais il y a une contrepartie à cette clause : les salariés disposent de flexibilité dans l’organisation de leur travail : horaires, travail à distance… Les Australiens accordent une réelle importance à l’équilibre entre vie de famille et vie professionnelle. Ainsi, dans mon entreprise personne ne reste après 18h30, loin des standards des boites d’architecture en France !

Différences notables avec la mère patrie

Pour ce qui concerne mon métier d’architecte, les différences portent sur les méthodes, les logiciels (les agences australiennes utilisent Revit) et sur les détails constructifs. Disons qu’en Australie ce sont davantage les constructeurs qui vont être en position de force par rapport aux architectes. Ainsi, les marchés en lots séparés (un contrat avec un maçon, un avec un plombier, un avec un menuisier, etc) sont très rares ici.

Le point positif est une ambiance un peu plus « relax » dans les entreprises. Peut-être est-ce aussi parce qu’en ce moment les employés sont plus rares que les emplois. Mais chaque semaine se finit par un apéro collectif, et les corporate events ne sont pas rares (Noël, gâteaux, voyages ou journées off…).

L'Australie cajole ses employés

L’Australie cajole ses employés… s’ils n’ont pas le mal de mer
(Crédits: GRIMSHAW)

En conclusion…

Je dirais que si l’Australie n’est sans doute pas l’Eldorado que l’on imagine souvent, les opportunités restent nombreuses et il est tout à fait possible d’y faire carrière. Préparez bien votre expatriation, pour éviter les mauvaises surprises, puis foncez !

Une fois sur place, n’oubliez pas de profiter de tout ce que le pays a à offrir : barbecues en bord de mer, vastes étendues, ciel étoilé, plages de sable fin et piscines océaniques… Et dans le cas où vous poseriez vos valises à Sydney, prenez contact avec moi et on reparlera de tout ça autour d’une bière 🙂

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